On fait apprendre par cœur les six premiers livres du Télémaque, dont on répète un ou
deux chaque jour, selon le temps destiné à la lecon ; ou bien, on
fait apprendre par cœur le premier livre de Télémaque. On fait lire le second livre et le raconter sur-le-champ. On fait lire le 3e livre, puis le 4e, le 5", le 6e...
On pourra consulter également un ouvrage publié par M. E. Boulmy, sous le titre de
Considérations sur la Méthode Jacotot, contenant une instruction normale très détaillée sur la lecture, l'écriture, la langue maternelle, les langues étrangères , etc. ; ainsi que le rapport
adressé par M. Baudoin à M. de Valisménil, sur les résultats et l'influence de la Méthode.
On continue la lecture des autres, mais on ne les raconte pas.
Quand on a fini l'ouvrage, on recommence cette lecture. Et comme là langue est tout
entière dans un livre, il s'agit non-seulement de le comprendre, mais d'en retenir les syllabes, les mots, les locutions et les expressions.
Les questions qu'on adresse ensuite à l'élève ne peuvent être en trop grand nombre. C'est
par elles qu'on le force à regarder, et dès-lors à comprendre, puisque ne devant répondre que d'après les faits qu'il a sous les yeux, il voit nécessairement tout ce qu'il dit. Si quelquefois
les réponses sont vagues et indécises, comme elles sont toujours suivies de la justification, l'élève perd bien vite l'habitude fâcheuse, et néanmoins assez ordinaire, de parler au
hasard.
On s'occupe du sens des mots.
On vérifie l'orthographe. Cet exercice doit être continué jusqu'à ce que l'élève soit
arrivé à écrire des compositions, dans lesquelles on exige la plus grande exactitude d'orthographe ; car l'élève n'employant en général que des mots qu'il a vus, il lui est toujours possible de
les écrire d'une manière correcte.
On fait généraliser. Cela donne à l'élève les premières habitudes de parler sur ce qu'il
connaît; et on ne peut trop tôt les lui faire contracter ni, employer trop de moyens pour lui faire acquérir le talent de la parole. Il sera donc utile de traiter tous les sujets de composition
alternativement de vive voix et par écrit.
On imite, c'est-à-dire que sur les regrets de Calypso, on fait les regrets de Télémaque
dans la tempête, de Télémaque après son discours à Aceste, etc. Le nombre des sujets à imiter est infini pour les premiers livres seulement.
Tout consiste, pour l'élève qui commence, à regarder les faits, à ne s'occuper que de
cela, pour en dire ce qu'il en pense : peu importe de quelle manière il s'exprime, pourvu qu'il se fasse comprendre; le style se formera plus tard; le premier point est d'apprendre à regarder.
Et encore une fois, rien de plus facile que d'écrire, à la vue d'un fait quelconque, les réflexions qu'il suggère.
Quant au style, lorsque l'élève peut s'en occuper, il ne doit pas écrire une syllabe, pas
un mot, pas une réunion de deux mots, pas un ordre de mots, qu'il n'en montre l'exemple dans son livre; parce que tout étant arbitraire ou de convention dans les langues, on ne peut deviner ni
la volonté ni les conventions.
On fait des synonymes de mots, d'expressions, de composition, de pensées,
etc.
On fait des traductions, c'est-à-dire sur les regrets de Galypso, les regrets de
l'ambitieux, etc.
Voici un nouvel exemple de cet exercice, donné par le fondateur de la méthode
:
« Si je disais : lorsque Philippe, sur le point d'envahir toute la Grèce, était toujours
vainqueur, tantôt par la force des armes, tantôt par la corruption, Démosthènes cherchant à réveiller les Athéniens, leur »propose d'établir un gymnase pour se préparer à la guerre, et leur
parle ainsi :
« Athéniens ! il est indigne d'un peuple libre de ne s'évertuer contre l'ennemi que
lorsqu'il est prêt à nous saisir. Un peuple libre, qui veut conserver son indépendance, doit être sans cesse dans le forum pour délibérer sur les intérêts de la patrie, ou dans le gymnase, pour
apprendre à manier ses armes. La guerre règle la destinée des peuples ; il faut donc savoir la guerre. Or, le gymnase est un apprentissage perpétuel de la guerre.
Si je parlais ainsi, je traduirais Bossuet dans l'oraison funèbre de Marie-Thérèse
d'Autriche.
Nous appelons cela traduction, parce que Bossuet parle de la mortification, et que je
parle, moi, d'un gymnase, en empruntant presque toutes les expressions de l'orateur qui m'a servi de modèle. »
On fait chercher des sujets de traduction.
On fait des analyses.
On vérifie la grammaire. On doit s'assurer alors que les conjugaisons de tous les verbes
sont bien sues.
On écrit sur l'ode, sur tout sujet de littérature, sur un objet
quelconque.
On imite des pensées.
On fait des lettres, des portraits, des parallèles, des récits, des discours, des fables,
des scènes, etc.
On étudie les livres sous le rapport de la composition , on vérifie les plans. Exemple
:
Voilà une personne triste; un nouveau personnage se présente, et la distrait quelques instans de sa douleur. La description des lieux, des
personnages, de leurs mœurs, vous fournira des détails intéressans; la peinture des plaisirs dont ils jouissent, leurs récits et leurs discours concourront à remplir la scène et à embellir
votre tableau.
Partez d'un mot, d'un événement, d'un personnage, d'un sentiment quelconque, choisi dans
cette composition. Reformez un nouveau tout, combinez autrement les idées, groupez les personnages en les faisant changer de place, changez l'ordre des récits et des discours, vous ne finirez
jamais. Or, c'est cela qui se fait seul dans la tête de celui qui sait, sans qu'il s'en doute, lorsqu'il répète toujours et qu'il réfléchit sans cesse à ce qu'il dit.
Que si le premier livre, et par conséquent les vingt-trois autres , ont cette inépuisable
fécondité, il est aisé déjuger des résultats infinis de leurs combinaisons.
On vérifie que tout est dans tout.
Les exercices qui précèdent comprenant toutes les espèces de compositions oratoires,
renferment conséquemment plus que les connaissances indispensables aux besoins ordinaires de la société.
N.B.: Cette courte récapitulation est extraite de l'ouvrage de M. de Séprès , et que nous
croyons indispensable à tous ceux qui appliquent la méthode.
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