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Jean-Joseph Jacotot

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Vendredi 16 février 2007 5 16 /02 /2007 18:46



Pages 188  à 191


DE LA GÉOGRAPHIE
Quatrième partie



    Je ne demande donc l’avis de personne, puisque l’avis des autres, c’est le mien, et réciproquement, je donne au contraire avis à tout le monde, que je puis enseigner le hollandais, que j’ignore, plus rapidement que tous les grammairiens du monde réunis.
    Je ne le dis pas pour qu’on le croie, je le dis pour qu’on le sache. Et que m’importe à moi que l’on parle hollandais, ou latin ou grec ou français ?
    J'ajoute que je suis le premier maître du monde, que je suis l’unique, et c’est de vous tous que je tiens mon brevet, car, me contester le fait, et déclarer qu’il est impossible, c’est reconnaître que je suis le seul capable. Eh bien ! Je refuse même cet éloge ; je déclare de plus que vous pouvez tous faire ce que je fais ; que chacun de vous le peut pour lui-même, sans maître ( pas plus moi qu’un autre ) s’il veut suivre notre route.


    Je me trompe, je ne suis pas l’unique : M. Las Cases a dirigé son élève par notre méthode, et l’élève a dit : C’est une méthode sûre, infaillible, la meilleure de toutes les méthodes. Convenez qu’en bonne rhétorique le suffrage de cet élève-là vaut le suffrage de plusieurs corps savans qui n’ont pas répété l’expérience.

    A propos de répéter l’expérience, permettez-moi encore une petite observation : quelle est l’académie en Europe qui a répété les expériences de Newton ? Quelle est l’académie qui en doute ? Ô savans, quel exemple vous donnez aux ignorans. Quel est le médecin qui a fait de lui-même l’observation qu’il cite ? Quel est le candidat docteur qui a été témoin de tous les faits qu’il avance ? Quel est l’homme du monde qui ne répète, sans examen, non seulement un fait, mais une réflexion sortie de la bouche d’un grand ? Tous ces gens là sont-ils des bêtes ? Point du tout, c’est une apparence : ils sont hommes comme moi, et je suis homme comme eux ; je puis, comme eux, mentir dans mon intérêt ; je puis appeler, comme eux, mon contradicteur cet homme bizarre et singulier ; ils peuvent, comme moi, user de mille petites supercheries d’enfant pour tromper les autres ; mais leurs efforts sont inutiles s’ils veulent se faire illusion à eux-mêmes.

    On ne se trompe pas soi-même, mon bon ami lecteur. Tu peux te fâcher, et ta conscience te dira :


- Tu viens d’ajouter une sottise à la première.


- Mais je ne connais pas cet Enseignement universel.


- Eh bien ! N’en parle pas, mon cher, te dira-t-elle. Ne t’occupe pas de ce charlatan de nouvelle fabrique qui dit aux gens qu’ils peuvent se passer de son baume. Essayons de vivre désormais en bonne intelligence ; il prétend qu’en m’écoutant toujours tu sauras beaucoup de choses, et que tu en apprendras facilement beaucoup d’autres. Comme conscience, je t’apprendrai à ne calomnier personne ; comme raison ( car je suis bonne à tout, selon lui)  je te dirigerai dans tes études.


-  J’aime mieux me fâcher.


-  Adieu donc, je ne puis vivre avec un fou ; mais je t’en préviens, tu ne seras point heureux, et je vais l’écrire sur ton front.


    Je crois, moi, dit un modéré, que toutes les méthodes sont bonnes. C’est encore une ruse oratoire. Ne donnez pas dans ce panneau. Traduisez cet artifice au tribunal de la raison. Elle vous dira que tous les chemins ne sont pas égaux.
   
    On a le droit de choisir, sans doute ; mais choisir, c’est se décider par les différences qu’on aperçoit entre plusieurs choses. S’il y avait ressemblance parfaite, on ne choisirait pas ; on resterait en place, comme l’âne de la fable entre deux boisseaux d’avoine, ou bien on pencherait machinalement, mécaniquement, d’un côté plutôt que de l’autre, sans choix, sans décision.

    Ces mouvemens d’automates ne composent point l’allure de l’homme ; cela décèle les rouages matériels cachés sous une enveloppe matérielle : encore faut-il qu’une intelligence étrangère fasse mouvoir le ressort qui donne un air de vie à ce mannequin. Les Français ne se doutent pas qu’ils parlent flamand quand ils disent mannequin. C’est pourtant ainsi que les Flamands appellent un petit homme dans leur langue. C’est une figure de rhétorique en français.

    Ceux qui veulent que l’homme soit composé de roues dentées, devraient convenir au moins que si l’homme est une pendule, cette pendule-là a la faculté de se remonter elle-même. Quand elle se laisse remonter par autrui, ce n’est point incapacité, mais paresse de tourner la clef.


Par Joseph Jacotot - Publié dans : Enseignement Universel Langue Maternelle
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Mercredi 14 février 2007 3 14 /02 /2007 20:48



Pages 192 à  195


DE LA GÉOGRAPHIE
Fin



    Non certainement, toutes les méthodes ne sont pas bonnes ! Ainsi, il n’y a pas de milieu, la nôtre est meilleure ou plus mauvaise : la raison dit qu’il faut changer ou rester en place ; que sept ans sont sept fois plus longs qu’un an, ou qu’un an dure moins que sept, comme il vous plaira ; mais la raison dit quelque chose.

    Qu’un père de famille dépense mille francs ou dix mille francs, c’est bien différent : décidez-vous mais ne dites pas que ces deux quantités sont égales. Que toutes les méthodes passées, présentes et à venir sont bonnes : cela ne ferait pas honneur à la méthode de nos pères, sanctionnée par l’usage de plusieurs siècles, si la première venue pouvait ainsi sans façon s’asseoir, à côté d’elle, sur le trône où elle règne, de temps immémorial, en dormant comme le roi de Cocagne.
    Les trônes ne se partagent point. Ils ne sont utiles même au repos des peuples que parce qu’un seul règne sans égal, sans compétiteur. Quand les empereurs étaient deux, le peuple romain souffrait de leurs divisions. On ne vit en paix que sous un seul.

    Que les hommes se donnent de peine pour accorder ce qui est avec ce qui serait raisonnable ! Cela est pourtant simple. Je vois ce qui  est, ma raison le condamne, et je ne l’approuve pas. Ma raison me dit aussi que cet état est invariable, et je m’y soumets sans murmure. Mais je ne suis point humilié d’être emporté par le torrent, et je ne veux pas non plus me donner niaisement l’air de le suivre par raison et après y avoir mûrement réfléchi. Je ne blâme rien : c’est du temps perdu ; je ne loue pas : je mentirais.

    Mais tout ceci est très difficile à comprendre quand on n’écoute pas. L’élève de M. Las Cases n’a pas tout vu, et pourtant il savait regarder, celui-là. Il n’a pas vu que cette méthode, qui l’enchantait, devait être universelle ; que toutes les méthodes le sont par leur nature.
    L’intelligence n’a qu’une manière d’être : elle applique la synthèse à tout quand il lui plait ; elle analyse tout quand elle veut : ce sont deux routes opposées mais universelles. L’une est quelquefois plus courte que l’autre. On va des rudimens à Corneille ; cette marche ancienne est appliquée par toute la terre à toutes les sciences.
    Nous allons de Corneille aux rudimens, et cette méthode est universelle et doit l’être. Quoi de plus simple ? Eh bien, il ne l’a pas vu. Et je me fâcherais que tant d’autres qui ne sont pas lui ne l’eussent pas deviné ? C’est pour le coup que je serais fou !

    Si on me demandait comment il n’a pas saisi  une chose si simple, je dirais : On ne voit que ce qu’on regarde sans distraction, et nous vivons entourés de distractions. Les passions nous aveuglent : celui-là est emporté par ses désirs bouillans ; un autre ne peut vaincre son opiniâtreté, tel individu est trop heureux, il se complaît dans sa situation qui absorbe toutes ses facultés morales ; il n’a que le temps de satisfaire les besoins du corps. Enfin il y en a qui sont malheureux, et c’est une terrible distraction que le malheur ! Que j’aurais honte de moi-même si j’insultais à cette distraction là.

    J’ai déjà annoncé que j’avais remarqué plus d’une fois combien il est difficile de se faire comprendre. Des élèves à qui j’avais recommandé de vérifier la géographie, avaient cru qu’il fallait chercher, sur la carte, tous les lieux, les villes et les fleuves dont il est fait mention dans leur livre ; en conséquence, suivant l’ordre de ce livre, ils cherchaient d’abord la position des lieux nommés dans la première page, et ainsi successivement. Ce travail était long et pénible.

    Il faut étudier la géographie dans l’ordre inverse. On jette les yeux sur une carte, on la lit, et on s’arrête à considérer la position exacte de chaque point qu’on connaît, mais dont on ignore la situation exacte sur le globe.

    De cette manière, il n’y a point de recherche, et on finit par tout connaître sans tâtonnemens.
    Par exemple, je vois un fleuve, et la carte m’apprend que c’est le Danube : je me rappelle ce que je connais sur ce fleuve, je le répète mentalement, l’histoire me rappelle la géographie et réciproquement.
   
C’est parce que, dans la vieille méthode, nous commençons sans cesse de nouvelles études, qu’il nous faut tant d’années pour savoir peu de choses.

    Qu’on ne s’étonne point si je parle si souvent, et presque toujours dans les mêmes termes de la supériorité de l’Enseignement universel. C’est un fait qui a été nié, et que je crois devoir affirmer en faveur des maîtres à qui j’aurais nui, au lieu de les servir, si  le succès pouvait être contesté. Autrement, et ne  songeant qu’à moi, je garderais le plus profond silence sur ces criailleries. Je n’attache aucune importance à tout cela. Le public n’a eu connaissance des résultats que lorsqu’il est devenu de l’intérêt personnel des Belges de les annoncer aux pères de famille.


Par Joseph Jacotot - Publié dans : Enseignement Universel Langue Maternelle
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Mercredi 14 février 2007 3 14 /02 /2007 18:05
Messieurs,

Depuis que le bienfait de l’enseignement universel s’est répandu dans les familles, quelques gouvernemens, m’ont fait demander des renseignements sur les moyens d’appliquer notre méthode à l’ordre social.

J’ai toujours répondu qu’une pareille tentative n’aurait aucun succès, si l’on prenait conseil de ceux qui, par fonction ou par état, dirigent l’ancien système ou en profitent. Ces personnes-là, en effet, peuvent être dupes de leurs préventions, sans le savoir, et sacrifier la vérité à leurs intérêts. L’homme est si fragile quand il s’agit des honneurs ou de l’argent !

J’ai depuis longt-tems annoncé, dans mes écrits, que je ne refuserais point mes conseils à ceux qui les réclameraient, à condition que ce serait gratuitement, sans titre, sans place, sans argent. J’ai toujours dit que l’établissement de notre méthode me paraissait impossible, tant dans le civil que dans le militaire, à moins que les ministres ne fussent disciples de l’enseignement universel, ou que les disciples de l’enseignement universel ne fussent ministres : il faudrait que les précepteurs des enfants des Rois fussent tirés de nos écoles et pénétrés de nos principes. Voilà ce que j’ai répondu aux demandes qui m’ont été faites de la part des plus Augustes Personnages.

Or, messieurs, vous jugerez, comme moi, que ces conditions, qui me paraissent indispensables pour assurer le succès de l’entreprise, doivent paraître aux yeux de tous ceux qui croient à l’inégalité des intelligences, ridicules, absurdes et presqu’insolentes. Quant à moi, je crois à la nécessité de ces préliminaires, et je l’ai dit.

Cette défiance, peut-être excessive de ma part, m’a été inspirée par un spectacle bizarre et qui dure depuis la fondation de l’enseignement universel dans ce Royaume.

Des savants de tous pays, de toute corporation, de toute arme, et même de tout âge et de tout sexe, s’expliquent chaque jour familièrement sur notre méthode. Celui-ci en conteste, ou en critique les résultat ; celle-là en désapprouve sérieusement les principes. Dans cet état de choses, appellerais-je d’un arrêt rendu à la presqu’unanimité des suffrages ? entre tant de juges, qui se croient également éclairés, comment reconnaître ceux qui sont de bonne foi ? comment les corrompre, puisqu’ils sont intégrés ? et, ce qui n’est guères plus facile, comment ramener ceux qui sont de mauvaise foi, si, par hasard, il s’en trouve quelques’uns ?

Voilà, messieurs, une partie des raisons qui ont dicté ma réponse officielle : un tel essai ne réussira point.

Cependant un Roi que les peuples étrangers envient à son peuple, un Roi qui n’est jamais content du bien qu’il a fait lorsqu’il a l’espérance d’en faire encore d’avantage ; un Roi, ami des lumières, n’a point reculé devant tant d’obstacles. Sa grande ame ne peut croire à l’intrigue, ni à la bassesse ; mes craintes Lui paraissent exagérées ; et Il espère que l’obstination des préjugés cèdera enfin à des expériences mille fois répétées.

Messieurs les officiers ! l’école normale de l’enseignement universel pour l’armée a été fondée dans ces vues bienfaisantes ; et vous avez été envoyés près de moi pour être instruits dans notre méthode.

Déjà vos premiers essais, ont été vérifiés, à l’improviste, par des hommes dont les talents sont incontestables. Ces chefs, distingués dans la hiérarchie militaire, n’ont point désapprouvés les résultats que vous avez obtenus ; mais ces résultats (pas plus que ceux que l’ont montre depuis neuf ans) ne paraissent pas suffisans pour rassurer sur l’avenir ; et la seconde école normale, que nous installons en ce moment, a été ordonnée d’après nos prières.

J’ai été consulté sur votre demande. J’ai rendu, comme je le devais, témoignage à votre zèle que je viens encourager. Quoique je ne partage point votre espérance, vous savez que je suis prêt à vous donner l’exemple du dévouement et à vous aider de mes conseils.

Permettez-moi donc, messieurs, de vous faire une observation.

Raison ou préjugé, c’est un fait que les disciples de l’enseignement universel rencontrent beaucoup d’antagonistes parmi les personnes même à qui ils doivent des égards, du respect et de la soumission. Cette animosité, louable ou non, doit être remarquée et servir à diriger votre conduite envers ces jeunes militaires que l’autorité suprême a fait choisir dans toute l’armée pour les envoyer à vos leçons. Faites-leurs connaître la dignité de l’espèce humaine, d’après notre opinion. Que ceux qui se croiraient sans intelligence se retirent ! l’orgueil qui se vante d’une prétendue supériorité naturelle, et la paresse qui cherche une excuse dans une stupidité innée, n’ont rien à faire dans une école où l’on prend pour zèle ce principe :

TOUS LES HOMMES ONT UNE EGALE INTELLIGENCE.

Dans les anciens établissements, on commence par jauger l’étudiant ; puis on pétrit son esprit, on forme son jugement d’après la mesure de sa capacité individuelle.

Ici, mes chers disciples, on ne se croit pas assez savant pour déterminer les dimensions de cette espèce aussi exactement que les philosophes dont je veux vous parler.

Dites donc à vos élèves que la patrie a le droit de compter également sur chacun de ses enfants. Montrez-leur, dans vos exercices, que l’homme ne fait jamais tout ce qu’il peut faire ; et qu’il est également impossible, à nos disciples comme à leurs antagonistes, de donner, par leur productions, la mesure exacte de leur capacité. Apprenez-leur à s’instruire par eux-même et sans maître explicateur. Mais n’oubliez pas de leur dire que nos principes sont repoussés avec fureur par les préjugés qui exploitent les peuples et qui disposent des places et des récompenses. Ayez soin de leur recommander de ne point étaler, dans le monde, des maximes dont la manifestation imprudent a déjà excité des querelles, refroidi le zèle d’un protecteur, et même causé, plus d’une fois, l’animadversion d’un supérieur.

Jeunes militaires, écoutez mes conseils ! a votre âge, je m’en souviens, on se laisse facilement emporter par l’amour du bien. On se croirait lâche de ne point rendre hautement témoignage à la vérité lorsqu’elle est attaquée. C’est une bonne intention, sans doute ; mais ne vous comprenez point inutilement. La vérité ne compte ni sur les philosophes, qui se disent ses amis, ni sur la protection de la puissance. En un mot, la vérité n’a pas besoin des hommes, ce sont les hommes qui ont besoin de la vérité.

Profitez donc, jeunes militaires, du bien-fait de l’enseignement universel. Profitez-en pour vous et pour vos familles ; c’est tout ce qu’il faut. Messieurs les officiers vont travailler avec ardeur, a votre instruction, d’après des plans étrangers à nos principes. Cette intervention de la commission de l’ancienne méthode ne peut, il est vrai, qu’entraver la marche de l’enseignement universel. Mais il n’y a pas mauvaise intention de la part des conseillers de l’ancien systême tant civils que militaires ; c’est pure ignorance de nos maximes, et l’ignorance, en pareil cas, n’est-elle pas excusable ?

Disciples de l’enseignement universel, subissez donc sans murmurer la joug de l’antique régulatrice de toutes les écoles qui existent sur les deux hémisphères. Ne vous effrayez point d’avance des examens, des épreuves et des contre-épreuves auxquelles vous serez soumis perpétuellement. On n’osera peut-être jamais applaudire, sans restriction, à vos succès, par ménagement pour les préjugés populaires ; mais aussi vous ne devez pas croire qu’on puisse manquer de délicatesse au point de prononcer clairement et magistralement dans sa propre cause.

Enfin, s’il vous restait quelque crainte, sachez que j’ai tout prévu, même l’impossible. Il y a un juge de tous ces juges. Il est encourageant, pour vous, de penser que le Roi n’imputera point à l’enseignement universel des résultats obtenus sous l’influence dont je vous parlais tout à l’heure. Il ne s’agit pas de savoir ce que peut notre méthode pour le bien du peuple ; cela est jugé. On cherche à vérifier aujourd’hui ce qu’il serait permis d’attendre du concours de ceux que nos disciples appellent, avec raison, leurs adversaires.

Il est vrai que je ne prévois que les obstacles ; je n’ai annoncé que des revers pour cette coalition monstrueuse et forcée. Mais je puis me tromper.

Peut-être ceux qui conseillent sans cesse de nouveaux établissemens d’instruction (même dans l’armée), n’ont-ils point pour but de fermer peu à peu tout accès à l’enseignement universel ?

Cet empressement à mettre chaque jour une science ou un art de plus à la disposition de vos antagonistes, n’est-il pas simplement la preuve d’un patriotisme impatient de jouir, et qui ne saurait attendre l’effet trop tardif d’une suite d’expériences dont on ne voit pas le bout ? pourquoi ce que vous appelez aversion, intrigue, bassesse, ne serait-il point de l’impartialité et de la prudence ? pouvez-vous donc, plutôt que vos adversaires, être juges dans votre propre cause.

C’est au Roi, au Roi seul qu’il appartient de prononcer entr’eux et vous. Je reste, moi, tout à fait indifférent à ce grand procès. Quand on m’appelle, je ne me fais pas attendre ; je ne refuse jamais mes services quand on les réclames ; mais personne ne peut les refuser, car je ne les offres point.

Mais c’est assez parler, mes chers disciples, de ces honteux débats qui vous affligent, qui vous aigrissent quelquefois et qui devraient vous faire pitié. Portez vos regards plus haut ; voyez comme toutes les petites menées des souteneurs du vieil édifice contribuent à faire connaître l’enseignement universel et à le répandre dans les familles, qui l’ignoraient encore sans ce bruyant cliquetis d’opinions, qui attirent depuis neuf ans l’attention du public. Cette école frappera les regards, et, chaque jour, quelques individus apprendront qu’on peut s’instruire sans maître explicateur. Cette doctrine pénétra enfin chez les peuples mêmes ou la politique proscrit les lumières.

Il ne dépend plus aujourd’hui du caprice et des préjugés de tenir toute une nation dans les ténèbres. Ce fut une spéculation assez adroite que de faire croire aux peuples qu’ils ne sont pas nés pour s’instruire seuls. Alors on les plongeait à volonté dans l’ignorance absolue, ou dans un abrutissement gradué d’après l’échelle des convenances du moment ; il suffisait, pour atteindre l’un ou l’autre but, de ne point ouvrir d’écoles, où d’organiser méthodiquement ces manèges littéraires, en y donnant plus ou moins de longe à l’animal qu’on voulait dresser.

Grâces soient rendus au Roi, mes chers disciples ; c’est Lui qui annonce, en ce moment, l’existence de l’enseignement universel dans son Royaume. Or, il y a une circonstance remarquable dans cette publication. Ce sont les huées de presque toute la nation savante, encouragées par le silence des corps constitués par le Monarque, pour juger et faire valoir les découvertes utiles.

Mais les actions des Rois sont du domaine de l’histoire. Elles ont cela d’imposant, qu’elles attirent les regards de tous côtés. Les peuples les plus éloignés s’enquièrent de ce que font les Rois. C’est le sujet de tous les discours, et l’objet de toutes les médiations.

Voilà pourquoi, messieurs, j’ai voulu réunir, dans une séance solennelle, cette école organisée par un Prince dont tout le monde admire l’étendue des connaissances, et le zèle infatigable aussi bien pour l’instruction que pour l’administration de l’armée.

J’ai donc fait connaître mes intentions à monsieur le capitaine-directeur dont vous connaissez tous l’exactitude et la patience dans l’accomplissement de ses devoirs. J’ai désiré qu’il s’entendit avec l’autorité militaire de la place pour qu’on me fournit l’occasion de vous adresser mes conseils et de vous exposer l’état des choses, en présence des magistrats, des fonctionnaires, des savans et des citoyens de cette ville, depuis longtems la patrie des sciences et depuis peu le berceau de l’enseignement universel.

J’ai pensé que cette pompe servirait, mieux que mes paroles, à faire connaître aux étrangers, l’intention du Roi de propager une méthode qui a pour but l’émancipation intellectuelle.

Ainsi on saura partout que, dans le Royaume des Pays-Bas, des hommes et des enfants se sont instruits, dans les sciences et les arts, sans maîtres explicateurs, et que ce fait impossible a été vérifié par les ordres du Roi.

Ainsi la lumière se glissera peu à peu dans les pays les plus éloignés, éclairant insensiblement les ténèbres que les vieilles méthodes y entretiennent plus ou moins profondes, conformément aux commandes différentes des intérêts différens.

Ainsi, dans une pauvre famille, instruite de la méthode Belge, par la renommée qui fait connaître au loin les actes du Roi, un fils studieux parviendra, peut-être quelque jour, à nourrir ses parents au moyen des connaissances qu’il aura acquises sans explications et sans maître. Alors, messieurs, les larmes aux yeux, et avec l’accent de la reconnaissance, il racontera à ses enfans tout ce que les Nassau ont fait de grand ; et, dans l’avenir, au récit de ces merveilleuses histoires, peut-être à mille lieues d’ici, peut-être après des siècles et sur un autre hémisphère, on fera retentir encore le cri que nous entendons si souvent au sein de ces murs où tout est plein de ses bienfaits : VIVE LE ROI DES PAYS-BAS ! VIVE GUILLAUME !

Par Joseph Jacotot - Publié dans : Enseignement Universel Mathématiques (lettres)
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Mercredi 14 février 2007 3 14 /02 /2007 17:57
La Haye, le 13 Octobre 1827
 
Monsieur,

Le Roi a reçu successivement et pris en considération vos adresses du 26 mai et 6 Juillet derniers.

Dans la première, vous manifestez le désire d’exposer à Sa Majesté les moyens propres à établir dans toutes les écoles du Royaume l’enseignement universel d’après votre méthode.

Il serait d’autant plus agréable au Roi de recevoir, par écrit, les communications que vous désirez Lui faire part à cet égard, que l’importance de la chose exige un examen approfondi et ne permet pas qu’il y soit immédiatement statué, sans une mûre délibération.

Quant à l’école normale militaire de Louvain, Sa Majesté se flatte, monsieur, que les mesures prises pour obvier, autant que possible, à os griefs, vous auront prouvé la confiance du gouvernement, et Elle verra avec plaisir que vous y trouviez à marcher dans la route que vous vous êtes tracé, en coopérant à faire acquérir aux personnes confiées à vos soins, cette connaissance pratique qui peut faire apprécier à sa juste valeur la méthode que vous avez adoptée.

En m’acquittant des ordres du Roi, par cette communication, je saisis, avec empressement, l’occasion de vous offrir, monsieur l’assurance de ma considération distinguée,


Le Secrétaire d’état.
Signé
De Mey De Streeferk
 

 

Par Joseph Jacotot - Publié dans : Enseignement Universel Mathématiques (lettres)
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Mercredi 14 février 2007 3 14 /02 /2007 17:56
Mon Prince,

Maintenant que je suis sûr, par la lettre de Votre Altesse Royale du 27 de ce mois, qu’on n’imputera point les résultats de l’école normale à l’enseignement universel, il ne me reste plus qu’à donner à Votre Altesse Royale la preuve du dévouement dont je lui ai donné tant de fois l’assurance. Il n’a pas tenu à moi que le service ne fut complet, mais je vais faire tout ce que je pourrai pour entrer dans les vues de Votre Altesse Royale et remplir toutes les intentions de Sa Majesté. Dans tous les cas, quarante et quelques familles belges vont, de nouveau, profiter du bienfait de l’enseignement universel ; cette pensée seule soutiendrait mon zèle et encouragerait mes efforts, si j’avais besoin d’encouragemens, quand il s’agit de faire ce qui plaît à Votre Altesse Royale.

J’aurais besoin de rendre compte à Votre Altesse Royale de tous les détails de cette nouvelle entreprise. Il y en a déjà de fort curieux. M. le commandant de la place met beaucoup de zèle à remplir ses devoirs à l’égard du matériel de l’école, mais Votre Altesse Royale sent combien il serait ridicule qu’il se mêlât de l’instruction. Il serait nécessaire que M. le capitaine Bouhtay fut affranchi de sa tutelle sur tous les points qui touchent à l’enseignement. Ce capitaine correspondra donc officiellement et directement avec le ministère toutes les fois que je lui en donnerai l’avis ; me réservant de correspondre confidentiellement avec Votre Altesse Royale ; car je ne veux rien avoir de commun avec la vieille dont les agens, supérieurs et subalternes, recommencent leurs clabauderies depuis la nouvelle organisation.

 
J’ai l’honneur etc.
 
Louvain le 28 Août 1827
Par Joseph Jacotot - Publié dans : Enseignement Universel Mathématiques (lettres)
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Mercredi 14 février 2007 3 14 /02 /2007 17:49
Bruxelles ce 27 Août 1827
 

Il m’a été agréable, monsieur, d’apprendre par votre lettre du 28 juin dernier que vous voulez bien continuer à donner vos soins à l’école normale de l’enseignement universel, à laquelle, pour satisfaire au désir de la majeur partie des officiers, qui se trouvent actuellement réunis à Louvain, le Roi consent qu’il soit donné une plus grande extension. Mais n’ayant pas trouvé, dans la lettre précitée, l’indication demandée du nombre d’élèves qui devraient être admis à l’école normale, ni du degré d’instruction préalable de rigueur, et voulant écarter, près de vous, toute idée de responsabilité, par rapport à ce choix, ainsi qu’à la présente mesure, j’ai cru, pour mettre un terme à mon incertitude, devoir m’adresser à monsieur le lieutenant général Baron de Constant Rebecque, en le priant de s’entendre à cet effet avec monsieur le capitaine Bouhtay ; dans la persuasion que cet officier n’agirait que d’après vos conseils.

Cette démarche a eut, pour résultat, les propositions suivantes :

1° De détacher de chaque régiment d’infanterie, un sous-officier et un cadet, et de chaque régiment de cavalerie un sous-officier et ou un cadet.

2° D’établir que le degrés d’instruction préalable, consistera à savoir lire et écrire couramment et de posséder l’arithmétique.

3° De diviser les officiers qui fréquenteraient l’école normale en deux classe, savoir :

a les officiers instructeurs, et b ceux à qui l’instruction doit être appliquée.

Ayant Approuvé ces propositions, j’ai donné en conséquence les ordres nécessaires pour que le dit nombre des cadets et sous-officiers soit mis à disposition de l’école normale.

D’après vos dispositions bienveillante, manifestées dans le temps, je me flatte que vous voudrez bien me faire connaître à monsieur le capitaine Bouhtay vos idées relativement à la formation des deux classes ci-dessus mentionnées et guider cet officier par vos lumières dans la direction ultérieure de cet enseignement.

 

Le Commissaire général de la guerre

 
Signé
Frédérik
Par Joseph Jacotot - Publié dans : Enseignement Universel Mathématiques (lettres)
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Mercredi 14 février 2007 3 14 /02 /2007 17:47

Chaque fois que Son Altesse Royale est obligée de s’absenter je me vois forcé d’écrire à Votre Majesté.

J’entends parler de changements dans l’organisation de l’école normale et je ne cherche point à les deviner. Y resterais-je ? Monsieur le capitaine directeur, dont je n’ai qu’à me louer, sera-t-il toujours tenu de suivre exclusivement mes conseils ? Même, dans ce cas, l’école normale, organisée, comme elle l’est, d’après les principes de la vieille méthode, ne donnera point de résultats applicables dans les corps ; je l’ai prédit à Votre Majesté. Mais si, outre l’organisation vicieuse de l’école, M. le capitaine Bouhtay est forcé d’obéir à d’autres qu’à moi seul, la tâche deviendrait par trop pénible, et ma complaisance pourrait être considérée comme une affectation ridicule d’un zèle qui n’aurait ni but, ni objet.

J’attendrai, en conséquence, respectueusement, les ordres de Votre Majesté pour reprendre à l’école normale mes leçons que j’ai suspendes dans le chaos.

 
J’ai l’honneur etc.
 
Louvain 24 Juillet 1827
Par Joseph Jacotot - Publié dans : Enseignement Universel Mathématiques (lettres)
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Mercredi 14 février 2007 3 14 /02 /2007 17:45

A Son Altesse Royale le Prince Frédéric des Pays-Bas

 
Mon Prince,

Je m’empresse, d’après l’invitation de Votre Altesse Royale, d’adresser ma lettre à Sa Majesté. Me voilà content ; le Prince Frédéric me connaît. Il ne me manque plus que l’estime du Roi. Alors, tant pis pour ceux qui me prendront pour un autre, et qui me mesureront à la mesure commune. Je tâcherai, comme je l’ai dis à Sa Majesté, de me passer de l’approbation de ces messieurs.

 
J’ai l’honneur etc.
 
Louvain le 12 Juillet 1827
Par Joseph Jacotot - Publié dans : Enseignement Universel Mathématiques (lettres)
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Mercredi 14 février 2007 3 14 /02 /2007 17:43
Bruxelles le 10 Juillet 1827
 
Monsieur,

Je ne saurais qu’applaudire au projet que vous avez conçu d’écrire de nouveau au Roi. Je ne doute point que cette démarche n’influe sur sa décision et ne la hâte peut-être. Je vous renvoie donc cette lettre à Sa Majesté afin que vous puissiez la lui faire parvenir la Lui faire parvenir.
Elle est effectivement un résumé de notre entretient ; j’ai cru y avoir retrouvé toute votre doctrine à l’égard de la nouvelle méthode et l’y avoir vue exposée sans feinte, ni réticence aucune, mais avec une franchise et un abandon qui ont put m’échapper. Bien éloigné donc de vous conseiller de ne pas envoyer cette lettre au Roi, je crois devoir vous y engager beaucoup, persuadé que je suis qu’il est, non seulement utile, mais important que Sa Majesté soit bien instruite, afin que, comme vous le dites, Elle puisse décider avec connaissance de cause.

Agréez, Monsieur, l’assurance de ma parfaite considération.

 
Signé
Frédérik
 
A Monsieur Jacotot,

Chevalier de l’ordre du Lion Belgique

Par Joseph Jacotot - Publié dans : Enseignement Universel Mathématiques (lettres)
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Mardi 13 février 2007 2 13 /02 /2007 15:23
Sire !

J’ai eu l’honneur d’avoir une entrevue avec Son Altesse Royale le Prince Frédéric. Voici l’analyse de ce que j’ai dit dans cette circonstance solennelle.

1° L’enseignement universel est un bienfait.

2° Il se répandra peu a peu et sans bruit sur toute la terre dans l’intérieur des familles.

3° La propagation rapide et éclatante ne peut être dû qu’à un Roi qui ne redoute point les lumières.

4° La vieille méthode est une niaiserie abrutissante pour les choix des matières qu’elle enseigne, comme les procédés qu’elle emploie.

5° Tous les grands hommes ont fait eux-même, sans le savoir, leur éducation par l’enseignement universel.

6° Un Souverain qui doute de ces vérité ne doit point songer à établir l’enseignement universel.

7° Un Souverain qui serait convaincu de l’efficacité de l’enseignement universel, peut, sans bouleversement et sans frais, l’établir dans son Royaume, tant dans le civil que dans le militaire.

8° Cet établissement ne sera pas durable car le genre humain appartient à la vieille méthode, comme à tout autre préjugé.

9° La gloire de la publication d’un tel bienfait serait personnelle et durable pour le Souverain.

10° Si donc un Souverain étranger croyait avoir besoin de moi, je commencerai pas écarter les conseillers de la vieille méthode, en demandant pour eux une place plus élevée et mieux rétribuée, (ce n’est pas un crime d’être ennemi de l’enseignement universel).

11° Je ne voudrais point d’autres intermédiaires, entre la puissance et moi, que ceux que j’indiquerais au Souverain.

12° Je n’aurais ni titre, ni argent pour récompense, puisque l’enseignement universel est un bienfait absolument gratuit de ma part.

13° On ferait ce que je dirais, tout ce que je dirais, rien que ce que je dirais, et la responsabilité pèserait sur moi toute entière. Je ne demanderais rien ; au contraire les intermédiaires me demanderaient ce qu’il faut faire et comment il faut le faire, pour proposer le tout au Souverain. Je serais considéré, non pas comme un fonctionnaire qu’on emploie, mais comme un philosophe qu’on croit avoir besoin de consulter. Enfin l’établissement de l’enseignement universel serait considéré, pour un moment, comme la principale et la premier de toutes les affaires du Royaume.

14° Si le Souverain étranger, dans l’incertitude, désirait faire des essais, je lui conseillerais (dans son intérêt) d’essayer avec mes disciples et de me réserver pour le moment décisif.

15° Ce moment venu, je refuserais toute coopération si l’on ne se décidait pas à agir publiquement et avec l’éclat ordinaire pour la manifestation de la volonté suprême.

16° Je dirais à ce Souverain étranger : je n’ai pas besoin d’un établissement passager de sa nature. Le bienfait est à jamais dans les familles ; il circule déjà dans le Royaume. Si vous protégez l’enseignement universel, il prospèrera, si vous le persécutez, il prospèrera d’avantage : tous les hommes peuvent apprendre par eux-même ; les salariés explicateurs auront beau rugir contre cette émancipation universelle ; quelques esclaves auront beau préférer la turpitude de leur esclavage, cela m’est égal, et je ne veux combattre ni l’orgueil, des uns ni les bassesses des autres. Ce qui est dit est dit ; je veux qu’on le sache, mais peu m’importe qu’on le croie.

17° Mais si le Souverain que je me suis choisi voulait m’essayer, je ne regarderais point à ce qu’on exigerait de moi, fut-ce d’être maître d’école. Il n’y a rien de bas dans l’instruction aux yeux de la raison, encore moins aux yeux de la reconnaissance ; mais je ne serais responsable de rien.

Vous donc, Sire, qui êtes le Souverain de mon choix, vous venez de lire au fond de mon âme : confiance entière et responsabilité, ou obéissance passive sans responsabilité. Que Votre Majesté juge si je mérite toute sa confiance. Qu’Elle me trace mes devoirs, je suis prêt à tout. Que Votre Majesté me fasse savoir qu’elle n’imputera point les résultats à l’enseignement universel, cela me suffit.


J’ai l’honneur etc.
Par Joseph Jacotot - Publié dans : Enseignement Universel Mathématiques (lettres)
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Mardi 13 février 2007 2 13 /02 /2007 15:17
Mon Prince,

Dès que j’ai connu l’intention de Votre Altesse Royale je me suis empressé de m’y conformer. Un de nos officiers étudie la fortification, un autre la chimie, un autre le lever des plans ; plusieurs l’allemand et l’anglais. D’autres se proposent d’apprendre la géographie, le dessin topographique etc. Mes conseils ne manqueront au zèle d’aucun d’eux.

Je ferais mes efforts pour satisfaire Votre Altesse Royale en attendant qu’Elle me fasse connaître sa décision sur l’enseignement universel, tant dans le civil que dans le militaire.

Pour que Sa Majesté puisse se décider en connaissance de cause, j’ai pensé qu’il serait bon que je prisse encore une fois la liberté de lui écrire. Voici ma lettre au Roi jointe à celle-ci que j’ai l’honneur d’adresser à Votre Altesse Royale.

Vous y verrez, mon Prince, le résumé de notre conférence. Faut-il l’envoyer au Roi ? J’attendrai la réponse de Votre Altesse Royale ; mais, dans tous les cas, ce témoignage écrit de mes véritables dispositions sera entre les mains de Votre Altesse Royale et déposera, dans l’avenir, de mes sentiments de respects, de reconnaissance et de dévouement pour l’auguste famille des Nassau.

 
J’ai l’honneur etc.
 
Louvain le 6 Juillet 1827
Par Joseph Jacotot - Publié dans : Enseignement Universel Mathématiques (lettres)
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Mardi 13 février 2007 2 13 /02 /2007 10:04




Pages 196 à 199



DE LA CHRONOLOGIE
Première partie



    Voilà encore une science qui a besoin du calcul, et qui repose sur les connaissances mathématiques. Il n’est donc pas question ici de dire ce qu’il faut faire pour devenir chronologiste ; il faut se borner à la chronologie que doit savoir un littérateur. Le peu que nous apprendrons doit toujours faire partie de nos répétitions continuelles, notre petite encyclopédie doit être sans cesse sous nos yeux. Il suffit de connaître, par exemple, la création, le déluge, Moïse, Saül, Salomon, Nabuchodonosor, Alexandre, Cyrus, Popilius, Sylla etc. Rien n’empêche qu’on emploie quelque soulagement pour la mémoire.

    Vérifier la chronologie et la géographie, c’est se rendre compte par le raisonnement, et d’ après les faits qu’on a appris dans les livres, que le Danube, par exemple, doit être où on le voit sur la carte ; et que Trajan, doit occuper le rang qui lui est assigné sur les tableaux chronologiques.

    Pendant cette vérification, la connaissance de la langue maternelle devient plus complète. On apprend les mots et les expressions de deux langues particulières.

    Mais tous ces tableaux s’effacent peu à peu de la mémoire ; il ne faut compter que sur la répétition ; et comme on ne peut pas tout répéter, on doit se borner à très peu de choses  : la répétition fera le reste.

    Il y a beaucoup de méthodistes qui ont essayé de nous instruire en nous amusant. Je ne crois pas que cette route soit sûre. Le succès est éphémère comme le plaisir qui l’a produit. On nous amuse quelques temps avec des tableaux ou des images ; il semble même que tout cela se grave profondément en caractères ineffaçables : illusion ! La répétition dénature le plaisir dont la nouveauté nous a séduit ; plus on le goûte, plus il devient fade et insipide : on y renonce ; le souvenir même ne nous en reste plus, et avec lui la science s’évapore et se dissipe.

    Je ne pense pas que Racine avait beaucoup de plaisir à réciter sans cesse Euripide, ni Démosthène à rouler des cailloux dans sa bouche, ni un virtuose à répéter à satiété un concerto qu’il sait par cœur.
    On ne peut pas acquérir une instruction solide en s’amusant ; quelle que soit la science ou l’art que vous cultiviez, malgré l’ardeur qui vous entraîne ou le goût décidé qui vous y porte, il se trouvera toujours un détail qui vous plaira moins, une aprtie qui paraîtra fastidieuse, et, malgré tout votre génie, si cette partie, ou ces détails négligés, sont nécessaires à la perfection de l’ensemble, vous n’atteindrez jamais à la perfection. L’allegro vous touche peu, ayez de la patience : étudiez, répétez des allegro, ou l’exécution ne sera pas complète. L’adagio vous assomme par sa lenteur, ennuyez-vous à en jouer : on ne s’instruit pas en s’amusant. Le ton plaisant vous déplait, l’ironie vous révolte par son amertume : étudiez cette langue ou votre tragédie, qui aurait été parfaite, manquera d’effet dans le plus bel endroit.

    On a besoin de tout et on n’aime jamais tout également ; croyez en Boileau : on ne fait que difficilement des vers faciles. Vous avez un plaisir trop constant, défiez-vous de ce bonheur parfait ; et pour finir par un calembour, le bonheur parfait n’existe pas même en peinture.

    Nous disons donc à nos élèves de ne pas s’amuser, et c’est le sujet d’une nouvelle accusation. On exténue les gens, on les écrase dans cette méthode, dit-on ; et on oublie qu’il y a neuf ou dix heures par jour, je ne dis pas employées, mais au moins destinées à l’étude dans les autres établissemens. Nous ne sommes pas plus exigeans, mais nous disons : On ne s’instruit pas en s’amusant.

Nous disons comme le père dit à ses enfans dans La Fontaine :

Travaillez, prenez de la peine
C’est le fonds qui manque le moins.


Suite

Par Joseph Jacotot - Publié dans : Enseignement Universel Langue Maternelle
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Mardi 13 février 2007 2 13 /02 /2007 09:30

Pages 122 à 129

ARITHMÉTIQUE

_______________________



    Prendre un livre d'arithmétique, en faire  la lecture, raconter ce qu'on a lu et en faire la vérification, telle est toujours la méthode, d'après le mode d'unité qui la caractérise.

    Le choix du livre étant fait ( ce sera , par exemple, Bézout ou mieux encore l'arithmétique de Lacroix, comme plus méthodique),  l'élève lit les premières pages le plus vite possibe, afin d'arriver aux règles, ou plutôt aux faits d'où elles sont tirées.

    La NUMÉRATION  lui apprend d'abord que la langue des calculs emploie dix mots simples, et dix caractères qui les représentent dans l'écriture. Quand il sait ces mots et ces signes, il voit par quel artifice, en les combinant avec les mots collectifs "centaine, mille, million, billion"
etc., on peut composer et représenter tous les nombres imaginables.

    Après avoir lu la numération, l'élève la raconte. Ensuite il réfléchit, et on vérifie s'il comprend bien ce qu'il a retenu.
On lui fait par exemple les questions suivantes:

- Quand un nombre renferme des mille, combien a-t-il de chiffres?
- Quatre.
- Comment voyez-vous cela?
- En remarquant que les unités, les dizaines et les centaines, qui précèdent les mille, emploient trois chiffres.
-  Dans quel ordre écrit-on les nombres?
- Les unités sont à droite, les dizaines à leur gauche, viennent ensuite et toujours en avançant vers la gauche, les centaines, les mille, etc.
-  A quelle place sont les millions?
-  A la septième  vers la gauche.
-  Pourquoi?
- Parce que les unités, avec leurs dizaines et leurs centaines occupent trois chiffres, et que les milles qui ont aussi leurs dizaines et leurs centaines en occupent trois autres. En tout six chiffres avant celui des millions.
-  Comment ferez-vous représenter au chiffre 3 un nombre dix fois plus grand que celui qu'il exprime?
-  En écrivant un zéro à sa droite.
-  Comment ce nombre devient-il ainsi dix fois plus grand?
-  Parce  que étant alors à la seconde place, vers la gauche, il marque trois dizaines au lieu de trois unités.

    Ces questions sont pour ainsi dire toutes posées dans le livre, et l'élève y répond d'après ses remarques.

    En faisant lire, relire, raconter et vérifier, on fera toujours copier avec soin à l'élève les nombres de son livre. Il faut qu'il y soit très exercé, car il n'y a pas d'écriture qui demande plus d'exactitude que celle des chiffres, ici les fautes d'orthographe ( si l'on peut s'exprimer ainsi comparativement ) renversent entièrement le sens de l'expression, et l'omission, l'addition d'un signe, ou sa mauvaise construction, en le rendant équivoque, conduisent à des résultats dont le moindre inconvénient est la perte de temps, et la suite, des erreurs dangereuses, quand leur absurdité n'est pas telle qu'elle frappe tout d'abord. Le maître doit donc veiller à ce que l' élève écrive ses chiffres avec ordre et correction, et l'habituer à vérifier, avant tout calcul, l'expression des chiffres qu'il pose.

    Arrivé à l'addition, l'élève prend le premier exemple proposé par l'auteur; il en écrit les nombres les uns sous les autres dans la même disposition, excepté celui placé sous la barre, qui est le résultat de l'opération. Ce résultat, l'élève doit s'appliquer à le trouver, d'après le procédé indiqué, chiffre par chiffre, dans le livre.

    Quand il y est parvenu, il réfléchit sur tous les détails de ce qu'il a fait. Il raconte de quelle manière il a opéré, en regardant ses chiffres, afin de suivre son travail par ordre. Cette vérification lui montre :

- Qu'il a d'abord écrit les nombres à additionner les uns aux autres, de manière que les chiffres de même ordre se trouvassent dans une même colonne de haut en bas; c'est à dire les unités sous les unités, les dizaines sous les dizaines, les centaines sous les centaines, et ainsi des autres.

- Qu'ensuite il a tracé une ligne sous ces nombres, afin de séparer le résultat qu'il a cherché, et dont il  écrit à mesure les chiffres sous cette ligne.

- Qu'enfin, pour trouver ce résultat, il a ajouté les uns aux autres les nombres exprimés par les chiffres de la colonne des unités.

- Qu'ayant trouvé dans la réunion de ces nombres un nouveau nombre contenant des dizaines et des unités, il a écrit ces unités sous la colonne correspondante.

- Qu'il a retenu par la pensée les dizaines de ce même nombre pour les ajouter aux dizaines de la colonne suivante; qu'il a en effet compté les dizaines retenues avec le premier chiffre de la colonne des dizaines, qu'il y a successivement ajouté la valeur des autres chiffres de  la même colonne en descendant, et que le tout ayant produit  un nombre renfermant des centaines et des dizaines, il a écrit celle ci seulement, et retenu les centaines pour les ajouter à la colonne qui leur est réservée.

- Qu'ayant opéré sur cette colonne comme sur les précédentes, il a trouvé des mille et des centaines, qu'il a écrit ces dernières et retenu les milles pour les joindre à la colonne des mille, sous laquelle il a posé le nombre tel qu'il l'a trouvé, parce qu'il n'y avait plus de colonne où il pût rien reporter. "

    L'élève s'exerce en variant les nombres à additionner, et en multipliant les exemples il en rencontre où, la colonne des unités ne passant pas neuf, il y a tout à écrire et rien à retenir. Il en remarque dans lesquels les dizaines ne passant pas neuf, il n'y a pas non plus de centaines à reporter, et il écrit les dizaines trouvées, etc. Alors, en résumant ce qu'il a fait pour la première opération et ce que les autres lui ont appris, il se rend un compte général qu'il trouve en tout conforme à la règle prescrite par l'auteur pour faire l'addition.

    Ainsi, en arithmétique comme en grammaire et en toute chose, c'est l'observation des faits, la réflexion et l'émancipation qui en résulte pour l'intelligence, qui conduisent l'élève à généraliser ses idées et à trouver lui-même les règles, et toujours sans explication du maître, dont la tache se borne à ce résumé:

Lisez - Qu'avez -vous lu? - Relisez - Qu'avez-vous retenu? - Réfléchissez.- Quel rapport avez-vous aperçu ?

    On lit ensuite jusqu'à la soustraction. On la fait comme indique l'auteur, en répétant tous les exemples et en les multipliant jusqu'à ce qu'on sache l'opération.  En vérifiant tout ce qu'on a fait, on arrive à une récapitulation qui exprime la règle générale de Lacroix pour soustraire un nombre d'un autre.

Le maître fait des questions comme les suivantes:

- Que faites vous quand le chiffre supérieur et l'inférieur sont de valeur égale.
- Que devient la valeur des zéros par-dessus lesquels vous passez pour emprunter plus loin? etc.

N'oublions pas qu'en passant par une règle nouvelle, il faut sans cesse revenir sur ce qui précède. Ce n'est qu'ainsi qu'on grave la science dans la mémoire et qu'on réveille le raisonnement.

On continue jusqu'à la multiplication. On ne peut faire cette opération qu'en sachant imperturbablement par coeur la table de multiplication. Il faut donc l'apprendre et la répéter tous les jours. Lacroix donne celle de Pythagore. Mais cette marche a l'inconvénient de n'être pas commode à étudier. Sa marche pour savoir, par exemple, combien font 3 fois 4, est de chercher dans la première colonne à gauche, en descendant le chiffre 3 et de suivre horizontalement jusque sous le chiffre 4 de la ligne transversale supérieure, où l'on trouve 12, ce qui exprime que 3 fois 4 font 12. Ce procédé est trop long. Pour l'abréger, le maître fera bien de faire chercher à l'élève, dans cette table, les produits de tous les nombres multipliés par 2,  et de les lui faire ranger en colonne , depuis 2 fois 2 jusqu'à 2 fois 9. Il fera de même extraire tous les produits des nombres depuis 3 jusqu'à 9 multiplié par 3, et ainsi du reste. On formera de cette manière une table comme nous la donnons ici



    L'élève s'exercera de deux manières sur cette table. Ainsi, après avoir dit 2 fois 3 font 6, 2 fois 4 font 8, il dira en commençant par le chiffre du milieu : 3 fois 2 font 6, 4 fois 2 font 8 etc.
    Tout cela bien su, il apprendra la multiplication dans le livre comme il a procédé pour l'addition et la soustraction.

    Vient ensuite la division, dernière des quatre règles fondamentales sur lesquelles roule toute l'arithmétique. Tous les autres calculs n'étant que des combinaisons de l'addition, de la soustraction, de la multiplication et de la division, on ne saurait revenir trop souvent sur tous les détails de ces opérations.

    La table de multiplication est en même temps une table de division.

    Ainsi, l'élève qui sait que 2 fois 4 font 8, sait également que 8 contient 4 deux fois, ou 2 quatre fois. C'est un des rapports qu'il doit saisir et qu'on doit lui faire observer, mais seulement au moyen des questions.

Quand l'élève sait la division, il passe successivement, et toujours de la même manière aux autres calculs de son auteur. Il insistera surtout sur les proportions et les règles de trois , et, s'attachant à tous les problèmes du livre, les répétant en changeantles nombres, en variant les conditions etc.

M. de Seprès a publié un recueils de problèmes d'arithmétique et d'algèbre, pour joindre à ceux du livre qu'on vérifie.












Par Joseph Jacotot - Publié dans : Durietz: extraits choisis
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Lundi 12 février 2007 1 12 /02 /2007 15:22



Pages 199 à 201



DE LA CHRONOLOGIE
Deuxième partie



    Apprenez votre livre ; tout y est, les vices, les vertus. Tout est dans tout. Celui-là était de notre avis, et il le portait jusqu’à l’exagération, qui disait : Donnez-moi une ligne d’écriture d’un homme et je le ferai pendre.
    Racontez-moi une phrase de la conversation de qui vous voudrez, j’y trouverai tout ce qu’il vous plaira à force de l’interpréter de mille manières.
   
    Tout fait allusion à tout quand on veut. Le lecteur fait toujours la moitié des frais de l’esprit de l’auteur ;  il fait quelquefois tout le mérite de l’ouvrage, dit, à peu près, Bossuet en parlant de ses auditeurs.


    C’est peut-être une des raisons pour lesquelles les pièces qui fourmillent d’allusions finissent par devenir insipides. Il faut sans doute que l’esprit de l’auditeur  travaille ; ce n’est pas tant ce que l’auditeur dit que ce que le lecteur en pense qui nous instruit et nous attache ; mais on aime la liberté, on veut penser à son gré ; et l’écrivain qui ne parle que par allusions et par allégories nous mène trop ; il ne nous laisse pas aller nous-mêmes.  Nous sommes, pour ainsi dire, passifs : c’est une énigme dont tout le monde sait le mot et qui n’a rien de piquant pour personne.

    Au contraire, quand la peinture qu’on met sous nos yeux ne nous offre, par allusion, l’image d’aucun temps ni d’aucun lieu en particulier, chacun de nous reconnaît un personnage différent ; nous imaginons même, suivant la disposition de notre âme, des objets divers dont il nous semble lire successivement la description. Un  seul tableau de cette espèce tient lieu d’une galerie complète de portraits, dont la ressemblance nous frappe davantage à mesure que nous regardons plus long-temps.

    Ce n’est donc pas tel homme, c’est l’homme qu’il faut montrer.

    Je ferai moi même les allusions ; mais si le voile est trop transparent, je n’aurai plus le plaisir de deviner. Quand on lit Racine, et qu’on le comprend, on est tenté de croire que les autres n’y voient pas ce que nous y découvrons nous mêmes ; c’est une satisfaction dont on est jaloux, parce qu’on se croit en possession de cette découverte : on le croit si bien qu’on s’empresse d’en faire parade. Nous sommes tous en cela un peu comme Gygès. 

    Mais  c’est surtout le caractère distinctif des rhéteurs ; c’est le métier de ces gens qui ne sauraient pas faire le tableau d’un événement tragique mais qui, sur les places publiques, arrêtent les passans pour leur en montrer les détails avec une baguette. Nous leur disons, nous, comme Alceste à Oronte : Nous verrons bien.


Dites donc à vos élèves qu’ils regardent.

Suite


Par Joseph Jacotot - Publié dans : Enseignement Universel Langue Maternelle
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Dimanche 11 février 2007 7 11 /02 /2007 00:37
 
Mon Prince,
 
J’ai l’honneur de renvoyer à Votre Altesse Royale les rapports et autres pièces qu’Elle a bien voulu m’adresser et dont j’ai pris connaissance.
Votre Altesse Royale me fait l’honneur de m’apprendre qu’Elle a accueilli avec plaisir la demande des officiers que Sa Majesté incline à y satisfaire, et a en conséquence autorisé Votre Altesse Royale à prolonger le séjour des officiers à Louvain autant qu’il serait nécessaire. Je vous prie, mon Prince, d’avoir la bonté de me faire connaître aussi la décision de Sa Majesté sur la proposition que j’ai eu l’honneur de faire à Votre Altesse Royale relativement à l’établissement de l’enseignement universel, tant dans le civil que dans le militaire.
J’ai continué et je continuerai avec ce qui est en attendant la décision de Sa Majesté dont Votre Altesse Royale a senti la nécessité aussi bien que moi. Alors je proposerai peut-être de toutes autres mesures. Dans l’état de suspension où se trouvent les choses, le seul avis que je puisse avoir, tant sur l’école normale, que sur le mémoire et sur les rapports que Votre Altesse Royale m’a communiqués, c’est de rester in statu quo, jusqu’à la manifestation de la volonté de Sa Majesté sur l’établissement de l’enseignement universel, tant dans le civil que dans le militaire ; lequel établissement ne peut se faire ni par des tâtonnements ni par des essais.
Votre Altesse Royale sait pourquoi je ne veux répondre d’aucun essai ; or, la commission, dans son rapport, appelle avec candeur l’école normale un essai qu’elle a sous la main. De proef welke men voor heeft.
Votre Altesse Royale sait que j’ai déjà répondu plusieurs fois au ministère qu’il est impossible de donner un avis raisonnable, quand on ignore le but auquel on tend. Votre Altesse Royale connaît les raisons de mon immuable conduite, et j’ai cru voir qu’Elle avait la bonté de les approuver.
 
J’ai l’honneur etc.
 
Louvain le 28 Juin 1827
Par Joseph Jacotot - Publié dans : Enseignement Universel Mathématiques (lettres)
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