Vendredi 6 avril 2007
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On me dit que l’inventeur est inintelligible. Je ne répondrai pas que je le comprends. Mais je répondrai : Voyons, avant tout, si le petit écrit mieux que
nous. Vous comprendrez bien cette phrase-là.
On me dit qu’il vient de faire un quatrième volume rempli de bêtises, d’absurdités et de sophismes ; que c’est une énigme véritable. Je répondrai qu’il n’y a
rien d’énigmatique dans cette phrase : Tout maître explicateur est inutile. Il faut vérifier le fait, sauf à s’ennuyer ensuite à lire le quatrième volume, plein de bêtises, si on a du temps de
reste.
On me dit que, si la découverte existait, il n’y aurait jamais eu de découverte comparable à cette découverte. Je répondrai qu’il faut voir d’abord s’il y a
découverte et que nous bavarderons après.
On me dit que toutes les académies, tous les instituts de l’univers se seraient empressés d’enterrer le fondateur sous leurs diplômes. Je répondrai, sans
rire, que c’est un mauvais raisonnement et qu’il faut regarder le fait du petit qui étudie sans explications.
On me dit que la France aurait lieu de se glorifier d’avoir donné naissance à un si grand homme et qu’elle pourrait narguer sa rivale l’Angleterre qui n’a
produit que des Newton. Celui-ci a expliqué, tant bien que mal, les mouvemens de la matière ; l’autre a deviné la nature de l’intelligence humaine. Je ne répondrai point que la France et
l’Angleterre ne sont point rivales. Ce sont deux réunions d’hommes, et une réunion n’a ni amour ni haine. Mais je répondrai que nous examinerons s’il a deviné, quand nous aurons vérifié ce fait
nouveau venu, qui se présente audacieusement et dit aux savans anglais, français, chinois, etc. : mettez vos lunettes, me voilà ! c’est à dire voilà des petits qui apprennent sans
explications.
On me dit que l’école normale belge, où l’expérience a été répétée pour les mathématiques, fut un théâtre de scandale ;
que l’individu, confondant tous les rangs, foulant aux pieds les convenances, a donné aux élèves des leçons d’insubordination. Je ne répondrai pas que l’individu a eu raison ; je n’examinerai
point s’il a eu tort. Si je discutais les intentions des uns et des autres, les procédés répréhensibles du susdit envers ceux qu’il ne cessait de signaler au Prince, les Irlandais pourraient me
dire que je bats la campagne, et qu’il s’agit, pour eux, de savoir si les élèves ont appris les mathématiques sans explications. Je ne répondrai point que le fondateur est un honnête homme qui
n’a fait que ce qu’il a cru devoir faire pour obéir aux ordres du Roi ; les Wurtemburgeois m’interrompaient pour me dire : Apprend-on l’histoire sans explications. Je ne dirai point que le
royaume des Pays-Bas est plein d’antagonistes de l’enseignement universel, les Portugais me répondraient qu’ils sont indifférents à ces criailleries ; qu’il faut voir si l’on apprend la
géographie sans explications. Je ne citerai point les partisans du nouveau système, je ne les mettrai point en parallèle avec les antagonistes, afin de faire prévaloir les uns en préciant les
autres ; les gens de Tunis me répondraient que l’expérience dont il s’agit, intéressant tous les hommes en particulier, il faut en dépouiller le récit de tous les commérages dont on cherche à
l’embrouiller. Je répondrai donc simplement : Si l’établissement de l’enseignement universel tend à bouleverser l’ordre social, il faut l’écarter avec soin, parce que la société va avant tout ;
c’est le premier besoin des peuples, mais la décision de cette question appartient exclusivement aux souverains ; c’est à eux à prononcer, c’est à nous à obéir. Si, dans un autre pays, on pense
que la société ne repose pas sur la nécessité des explications, et si l’on veut établir l’enseignement universel, il faut exiger qu’on le respecte extérieurement comme tout autre institution
sociale. On ne commande point à la pensée ; on n’a pas le droit d’imposer ses opinions. Mais on a le droit de défendre l’insulte ; bien entendu que cette défense ne prouverait rien pour
l’excellence de l’enseignement universel ; la question resterait tout entière pour la pensée ; elle ne serait décidée que pour les actions. Que si l’enseignement universel, étant établi (comme je
viens de le supposer) dans un pays quelconque, gagnait peu-à-peu et s’étendait sur tout la terre, comme cela peut arriver même aux plus mauvaises institutions ; que si, dis-je, on s’apercevait
tout-à-coup du vice de ce nouveau mode d’enseignement, et si un souverain consultait, à ce sujet, un philosophe ennemi de l’enseignement universel, celui-ci aurait par ce seul fait, le droit de
dire tout ce qu’il pense et de l’émancipation intellectuelle et des émancipateurs. En vain les émancipateurs crieraient contre ce philosophe explicateur ; si le philosophe faisait son devoir, il
romprait tous les obstacles, il attaquerait de front les émancipateurs ; il demanderait qu’on remplaçât leur chef afin de les laisser sans ressource ; que si les émancipateurs avaient, à cette
époque, acquis assez d’empire sur les préjugés pour qu’il fût devenu impossible de suivre les conseils du philosophe explicateur, ennemi violent et acharné de la prétendue émancipation
intellectuelle, la prudence exigerait que l’on conservât l’émancipation, sans égard pour le dire du réformateur, qui, de son côté aurait rempli son devoir d’explicateur en attaquant sans
ménagement le ventriloquisme émancipateur dont le ridicule, dont l’absurdité lui seraient démontrés, malgré l’insolence coupable de quelques polissons d’émancipateurs qui se permettraient
d’insulter à la mission du philosophe explicateur.
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