Jeudi 5 février 2009
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Pages 41 et 47
LANGUE MATERNELLE ET COMPOSITION
Une des connaissances les plus importantes à acquérir est, sans contredit, celle de sa
propre langue, ou l'art d'exprimer ses idées avec facilité et d'une manière nette, précise et correcte.
On croit vulgairement que les enfants et surtout les jeunes gens savent leur langue
maternelle, parce qu'ils parlent, parce qu'ils interrogent et répondent. Il y a ici une distinction essentielle à faire. Les enfans connaissent la langue des besoins; les jeunes gens et le
commun des hommes savent la langue des relations de société. Mais ce n'est pas là toute la langue française; ce n'en est même pas la plus grande partie.
Le vocabulaire de la langue des besoins ne s'élève guère qu'à deux mille mots; la
langue des rapports de société et de commerce est riche de mille à deux mille expressions de plus. Mais les langues descriptive, historique, oratoire, poétique, qui sont si abondantes et qui
font prendre si souvent, même aux mots de la langue des besoins une figure, une face, une signification nouvelle; mais les langues des sciences et des arts qui s'enrichissent tous les jours,
voilà des acquisitions immenses à faire, et infinies.
Acquisitions qui ne peuvent être que le fruit d'études sérieuses et surtout bien
dirigées.
L'ignorance de ces langues, que la plupart des enfans n'ont apprises nulle part est le
plus grand obstacle à l'intelligence des auteurs latins et français qu'on leur fait étudier, et qu'ils ne peuvent ni comprendre ni saisir, et qui par conséquent ne leur inspirent aucun
intérêt.
OBSERVATIONS
Ne faites jamais que des questions dont la réponse soit dans le livre qu'on sait,
n'importe où. Quand bien même les élémens de la solution seraient épars, c'est à la mémoire de les assembler.
Il ne faut pas prétendre qu'un élève nous fasse la réponse que nous avons nous-mêmes
dans l'esprit. Un fait, de même qu'un corps, peut être vu de mille côtés divers et l'enfant n'est pas toujours placé au même point de vue que le maître. C'est ce qui peut donner lieu à des
manières de juger différentes, et par conséquent à des réponses inattendues.
Ne vous inquiétez pas non plus d'une réponse peu juste, mais demandez toujours où en
est le fait.
L'élève accoutumé à réfléchir réformera lui-même des jugemens erronés que la
précipitation lui aurait fait porter.
Par Joseph Jacotot
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Publié dans : Benoit Gonod: extraits choisis.
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