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Jean-Joseph Jacotot


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Samedi 22 août 2009 6 22 /08 /2009 10:25


Alors qu'un monopole oppresseur aura cessé de peser sur l'éducation nationale; alors que des méthodes rétrogrades et absurdes n'arrêteront plus l'essor de l'intelligence humaine; alors que l'enseignement universel répandra sans contestation ses bienfaits sur les générations naissantes : alors, mais seulement alors, pourra se réaliser l'espoir d'une réforme complète dans l'éducation des peuples, réforme que tous les bons esprits réclamaient depuis long-temps avec insistance sans trop savoir comment l'effectuer.


Alors, à une éducation toute pédantesque, ou, pour parler le langage des universitaires, toute classique, succédera une éducation plus en harmonie avec les nouveaux besoins de l'époque.

Alors les sciences physiques et mathématiques, reléguées maintenant à la fin des études, prendront dans les travaux de la jeunesse, et même de la première enfance, la place que leur assigne leur importance; alors une langue morte ne sera plus la base ridicule sur laquelle on bâtira l'édifice moral et intellectuel de l'éducation de l'homme.

Des bases plus larges, plus rationnelles surtout, seront adoptées. On comprendra que l'étude des mots n'est pas tout dans la vie. L

es sciences philosophiques et politiques ne seront plus exilées dans le cabinet de l'idéologue et du publiciste; elles se mêleront sans étrangeté aux études de l'enfance et de la jeunesse. La jeunesse quittera nos écoles avec des connaissances positives et substantielles, en analogie avec nos besoins sociaux. Tous les hommes pourront prétendre, sans témérité, au bienfait de la science. L'aristocratie du talent disparaîtra pour faire place à cette égalité intellectuelle, la plus sûre garantie de la paix sociale.


L'enseignement primaire, dès-lors, ne se bornera plus à l'acquisition imparfaite de la lecture et de l'écriture. On sentira que le peuple a aussi besoin de connaissances réelles, pour apporter dans ses travaux l'intelligence et les perfectionnemens nécessaires. Les sciences physiques et chimiques ne sont pas moins utiles au peuple qu'au savant. Les mathématiques lui sont d'une nécessité absolue. L'enseignement universel fournira des moyens rapides et faciles d'inculquer à toute la population laborieuse ces connaissances dont l'absence se fait si déplorablement sentir.

Que si des esprits ombrageux, des aristocrates de science, prétendaient voir quelque chose de redoutable dans ce nouveau et immense développement du génie des peuples; que si même quelques esprits timides prétendaient y voir de nouveaux germes de révolutions, que ces hommes se rassurent: ce ne sont point des sophismes qui changeront la nature des choses. La lumière de la foudre peut être dangereuse: née des orages, elle aveugle ou tue.

Mais cette lumière douce et pure que répand par degrés l'astre du jour à son lever, cette lumière dont l'aurore commence à se faire entrevoir, est toute bienfaisante. Elle échauffe et vivifie en même temps qu'elle éclaire, et ses ennemis même ont part à ses bienfaits.





Par Joseph Jacotot - Publié dans : Textes de Benjamin Laroche
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