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Jean-Joseph Jacotot


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Dimanche 16 août 2009 7 16 /08 /2009 18:27



Commençons par rendre intelligible ces mots d'Enseignement Universel et d'émancipation intellectuelle, que la critique affecte de ne pas comprendre. Elle prétend que la première appellation est à l'usage des profanes, et la seconde réservée aux seuls initiés. Il n'y a dans tout ceci : d'initiés , que ceux qui, faisant usage de leur bon sens, ont lu et compris ; de profanes, que ceux qui ne veulent pas comprendre.

Cependant ces deux appellations ont paru emphatiques et ambitieuses ; elles ne sont pourant que la simple expression d'un fait. Essayons de le prouver.

Qui n'a pas quelquefois gémi de l'ignorance dans laquelle végètent les dix-neuf vingtièmes de la race humaine ? Quel ami l'humanité n'a pas fait des vœux pour que le savoir ne fût pas le partage exclusif de la richesse et de l'aisance ; pour que la pauvreté elle-même en pût prendre sa part ?

M. Jacotot a éprouvé de bonne heure ce sentiment pénible et douloureux. Il à vu que le plus grand obstacle à la diffusion de l'instruction, c'était la pauvreté ; il a vu que la science ne pouvait s'acquérir qu'à prix d'argent, et, dans son amour de l'humanité, dans sa charitable philantropie, il a cherché un remède à un si grand mal.

Ce remède, il l'a trouvé dans l'affranchissement des peuples du joug des maîtres explicateurs. Il a vu que ce joug, loin d'être favorable à la diffusion de la science, était au contraire, après la pauvreté, le plus grand obstacle qu'elle eût à vaincre. Il a vu que les maîtres explicateurs n'étaient pas seulement inutiles, mais funestes; n'étaient pas seulement un mal négatif, mais Un fléau positif et évident. Il a vu dans la suppression de ce fléau un bénéfice clair et immense pour toute la classe pauvre, qui s'était jusqu'alors passée d'instruction, faute de moyens pour en faire les frais. Il a vu tout cela ; il s'en est assuré par des expériences répétées. Fort de sa conviction, il a dû proclamer cette importante vérité, et il l'a fait. -

II l'a fait avec courage, avec un noble et admirable désintéressement. Il a appelé
cette vérité bienfaisante émancipation intellectuelle.

- Qui osera dire qu'il a eu tort ? Qui-osera infirmer l'exactitude de cette appellation ?

Qui osera la regarder comme trop fastueuse, comme promettant plus qu'elle ne donne ?

Appelons les faits au secours des assertions ; car les faits parlent plus haut que tous les raisonnemens ; leur éloquence est invincible.




Par Joseph Jacotot - Publié dans : Textes de Benjamin Laroche
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