Benjamin Laroche: Méthode Jacotot en présence de l'Enseignement Universitaire -17 -
L'enseignement universel, tel que je le conçois, tel que l'a conçu sans doute son généreux fondateur, n'admet ni punition, ni récompense.
L'élève qui sait éprouve une secrète satisfaction; il est content de lui, et voilà sa récompense.
L'élève qui ne sait pas se reproche son défaut d'attention ou de volonté, et voilà sa punition.
Quant à ceux qui ne se reprochent rien, qui n'ont ni entrailles, ni conscience, qu'ils quittent l'enseignement universel ; ils végéteront chez d'autres aussi bien que chez nous : ce n'est
point pour eux que les méthodes doivent être faites.
Seulement ces élèves seront plus rares chez nous qu'ailleurs. L'exemple des autres opérera sur eux ; un beau jour, se levant tout à coup, ils se mettront en marche, et ne seront pas longtemps
sans atteindre la tête de la colonne.
Ainsi, plus de ces concours fastueux auxquels le charlatanisme a plus de part que toute autre chose. Plus de ces couronnes qui n'honorent le vainqueur que pour humilier les vaincus. Que ces
cérémonies vaniteuses soient remplacées par des solennités plus touchantes, et surtout plus utiles; qu'elles fassent place à des séances annuelles, dans lesquelles on rendrait compte de
l'état de l'école, des succès obtenus, des résultats atteints, des obstacles contre lesquels il a fallu lutter ; que la séance se termine par des exercices sur les diverses branches
d'enseignement, et auxquels prendraient part tous les élèves indistinctement. Ce compte moral et classique, rendu chaque année, contribuerait puissamment à avancer la science de l'éducation,
et vaudrait bien sans doute ces triomphes de mauvais goût, ces ridicules ovations, plus propres à égarer la jeunesse qu'à lui donner l'amour du bien.
C'est aux institutions dirigées par l'enseignement universel qu'il appartient de donner
ce salutaire exemple; et il sera donné si les propagateurs de la méthode sont fidèles à son esprit. Ainsi, amour éclairé des enfans, respect de la jeunesse, abolition de ces formes insolentes
et pédantesques qui avilissent ceux qu'elles ne révoltent point ; la bienveillance et la tendresse substituées à ces moyens violens ; abnégation de toute supériorité relative; interdiction
des punitions et des récompenses factices; le principe de l'émulation repoussé, et remplacé par l'attrait d'études faites librement, et sans autre stimulant que cette soif de connaître si
naturelle à l'homme, et le plus heureux mobile qui puisse être donné à l'acquisition de la science : voilà les bases morales dont l'enseignement universel doit s'étayer; voilà ce qui doit le
distinguer, non moins que ses moyens pratiques, de l'esprit oppresseur et tyrannique dont est de toutes parts empreint le système universitaire.
C'est par-là que nous terminerons ce tableau dans lequel nous avons essayé de mettre en
présence les deux systèmes. C'est maintenant au public éclairé à prononcer en dernier ressort dans cette grande cause pendante à son tribunal.
Publié le 19/08/2009 à 15h28 dans Textes de Benjamin Laroche